Le discours percutant du Général Jay B. Silveria

Après avoir découvert des insultes racistes inscrites sur les portes d’un dortoir de l’United States Air Force Academy  et visant cinq élèves officiers afro-américains, son directeur Jay B. Silveria a vivement réagi.

Le Lieutenant Général a ainsi rassemblé les 5500 personnes constituant cette école militaire, 4000 élèves et 1500 membres encadrants, et a exprimé clairement que le racisme n’avait pas sa place dans cette institution, en profitant au passage pour rappeler le contexte actuel américain sur la question raciale (les évènements de Charlottesville notamment, ainsi que le mouvement « Take A Knee » des joueurs de la NFL, la ligue professionnelle de football américain, durant l’hymne national).

Il s’agit là d’un exemple frappant de ce qu’est dans son essence le leadership : donner l’exemple et en prendre l’initiative, avoir le courage d’agir immédiatement selon ce qui est juste, selon ce qui est moral.

S’exprimant avec passion et éloquence devant son auditoire, c’est bien cette urgence et le fait que le lieutenant général Jay B. Silveria soit révolté par la teneur des actes en question, qui donnent tant de puissance au contenu de son message.

Mentionnant les propos racistes, Silveria dit : « Si vous êtes outragés par ces mots, alors vous vous trouvez au bon endroit. Vous devriez être outragés pas seulement en tant que pilote mais en tant qu’être humain. » Et pour ceux qui pensaient que ce qui se passait dans l’école préparatoire n’avait aucune incidence sur l’Académie dans son ensemble, Silveria répond : « Nous serions naifs de penser que nous n’avons pas à discuter de cette question. »

Dans son discours, Silveria encourage ses élèves et son staff à s’engager dans un débat civil, et parle du pouvoir de la diversité « qui nous rend bien plus forts ». Il finit par demander aux élèves de sortir leur mobile pour enregistrer ses mots : « Ceci est notre institution. Et si vous en avez besoin, si vous avez besoin de mes paroles, alors gardez-les. Et utilisez-les, rappelez-vous en, partagez-les, parlez-en : si vous ne pouvez traitez quelqu’un avec respect et dignité, alors foutez le camp ! »

Diriger comme un grand chef d’orchestre

Un chef d’orchestre affronte le plus grand défi pour un leader : créer l’harmonie parfaite sans dire un mot. Dans cette présentation séduisante, Itay Talgam met en évidence les styles uniques de six grands chefs d’orchestre du 20ème siècle, qui illustrent des questions cruciales pour tous les leaders

Itay Talgam est un chef d’orchestre israélien et un expert en leadership. Il a dirigé la plupart des orchestres majeurs en Israël ainsi qu’en Europe (notamment l’Orchestre Philarmonique de St Petersburg, l’Opéra de Leipzig, l’Orchestre de Paris…), et était un disciple et protégé de Leonard Bernstein dont il a suivi les cours à Fontainebleau et qui l’avait choisi afin de diriger avec lui l’Orchestre de Paris en 1987.

Il s’est depuis réinventé en formateur, consultant et expert en leadership, lors de séminaires et ateliers où il utilise son expérience de l’orchestre symphonique, qu’il considère en effet comme une métaphore du comportement dans les organisations et un modèle pour un leadership inspiré.

Il a également écrit un livre sur le sujet publié en 2015, The Ignorant Maestro : How Great Leaders Inspire Unpredictable Brilliance .

Dans la vidéo suivante, il partage ses vues avec beaucoup d’humour dans le cadre d’une conférence TED en 2009 :

10 leçons de leadership par William McRaven

Amiral William McRaven en compagnie de Barack Obama

Si vous voulez changer le monde, commencez par faire votre lit !

William McRaven est un amiral américain actuellement à la tête du commandement américain des opérations spéciales. Il est connu comme l’homme ayant supervisé avec succès l’opération Neptune’s Spear qui a abouti à la mort d’Oussama ben Laden le 2 mai 2011.

Choisi par l’Université du Texas, où il avait lui-même étudié, pour effectuer le discours de remise des diplômes aux étudiants le 17 mai 2014, il invite ces derniers à « changer le monde » en leur donnant 10 points clés tirés de sa propre expérience militaire pour les y aider.

La vidéo est en anglais, avec les sous-titres anglais. Si cela vous pose problème, il n’y a pas de problème : vous trouverez la retranscription traduite en français juste en dessous.

Président Powers, Doyen Fenves, vice-doyens, membres de la faculté, famille et amis et surtout, la promotion 2014. Félicitations pour votre réussite. C’est en effet un honneur pour moi que d’être ici ce soir.

Cela fait presque 37 ans jour pour jour que je suis diplômé de l’Université du Texas. Je me souviens de beaucoup de choses à propos de ce jour particulier. Je me souviens avoir eu des maux de tête lancinants suite à une fête la nuit précédente. Je me souviens avoir eu une petite amie sérieuse, avec laquelle je me suis finalement marié – il est important de s’en rappeler d’ailleurs – et je me souviens que j’étais appointé par la marine militaire ce jour-là.

Malgré toutes ces choses dont je me souviens, je n’ai pas la moindre idée de qui a bien pu parler au micro ce soir-là et il est certain que je ne me souviens de rien de ce qu’ils ont pu dire. Alors… en reconnaissant ce fait, si je ne peux pas rendre ce discours d’ouverture mémorable, je vais au moins essayer de faire court.

Le slogan de l’Université du Texas est, «Ce qui commence ici change le monde. » Je dois admettre que je l’aime bien. « Ce qui commence ici change le monde. »

Ce soir, il y a près de 8000 étudiants diplômés de l’Université du Texas. Ce grand parangon de rigueur analytique, Ask.Com affirme que l’Américain moyen rencontrera 10.000 personnes au cours de toute sa vie. Cela fait beaucoup de gens. Mais, si chacun d’entre vous change la vie de seulement dix personnes – et que chacune de ces personnes change la vie de dix autres personnes – juste dix – alors d’ici à cinq générations – 125 années – la promotion 2014 aura changé la vie de 800 millions de personnes.

800 millions de personnes – pensez-y – c’est plus de deux fois la population des États-Unis. Une génération de plus et vous pouvez changer l’ensemble de la population du monde, 8 milliards de personnes.

Si vous pensez qu’il est difficile de changer la vie de dix personnes – changer leur vie à jamais – vous avez tout faux. J’ai vu arriver cela tous les jours en Irak et en Afghanistan : un jeune officier de l’armée prend la décision d’aller à gauche plutôt qu’à droite sur une route à Bagdad et les dix soldats de son escouade sont sauvés d’une embuscade. Dans la province de Kandahar, en Afghanistan, un sous-officier de l’équipe d’engagement féminin détecte quelque chose qui ne va pas et dirige le peloton d’infanterie loin de 500 livres d’explosifs, sauvant la vie d’une douzaine de soldats.

Mais, si vous y réfléchissez, non seulement ces soldats ont été sauvés par la décision d’une seule personne, mais leurs enfants à naître ont également été sauvés. Et les enfants de leurs enfants également. Des générations entières ont été sauvées par une décision, par une seule personne.

Mais changer le monde peut se produire partout et tout le monde peut le faire. Donc, ce qui commence ici peut en effet changer le monde, mais la question est – à quoi ressemblera le monde après que vous l’ayez changé ?

Eh bien, je suis convaincu que ce sera beaucoup, beaucoup mieux. Mais si vous pardonnez l’humour de ce vieux marin pour un moment, j’ai quelques suggestions qui pourraient vous aider sur votre chemin vers un meilleur monde. Et alors même que ces leçons ont été apprises durant mon temps dans l’armée, je peux vous assurer que peu importe si vous n’avez jamais servi un seul jour en uniforme. Peu importe votre sexe, votre origine ethnique ou religieuse, votre orientation ou votre statut social.

Nos luttes dans ce monde sont similaires, et les leçons pour nous aider à surmonter celles-ci et aller de l’avant – nous changeant nous-même et le monde autour de nous – s’appliqueront de la même façon pour tous.
Je suis un membre des forces spéciales de la marine depuis 36 ans. Mais tout a commencé quand j’ai quitté l’université du Texas pour la formation initiale des membres des forces spéciales à Coronado, Californie.

Cette formation, c’est six mois de longues courses atroces dans le sable fin, les bains de minuit dans l’eau froide au large de San Diego, des courses d’obstacles, des exercices physiques sans fin, des jours entiers privés de sommeil, et toujours à avoir froid, être mouillé et misérable. C’est six mois à être constamment harcelé par des guerriers formés professionnellement qui cherchent à trouver la faiblesse du corps et de l’esprit et à les empêcher à jamais de devenir un membre des forces spéciales.

Mais la formation vise également à trouver les élèves qui peuvent mener les autres dans un environnement de stress constant, de chaos, d’échec et de difficultés. Pour moi cette formation des forces spéciales équivalait à une vie de challenges contenue dans six mois.

Donc, voici les 10 leçons que j’ai apprises lors de cette formation des forces spéciales et qui je l’espère seront de valeur pour vous qui avancez dans la vie.

1) Si vous voulez changer le monde, commencez par faire votre lit.

Chaque matin de cette formation initiale des forces spéciales, mes instructeurs, qui à l’époque étaient tous d’anciens combattants du Vietnam, montaient dans nos baraquements et la première chose qu’ils inspectaient était votre lit. Si vous le faisiez bien, les coins étaient carrés, les couvertures tirées bien serrées, l’oreiller centré juste sous la tête de lit et la couverture supplémentaire pliée soigneusement au pied de l’étagère – c’est le langage des forces spéciales pour désigner un lit.

C’était une tâche simple, ordinaire au mieux. Mais chaque matin, il nous était nécessaire de faire notre lit à la perfection. Cela semblait un peu ridicule à l’époque, en particulier compte tenu du fait que nous aspirions à être de vrais combattants, des membres des forces spéciales durs et rodés à la bataille, mais la sagesse de ce simple geste m’a été prouvé à de maintes reprises.

Si vous faites votre lit chaque matin, vous aurez accompli la première tâche de la journée. Ceci vous donnera un petit sentiment de fierté qui vous encouragera à faire une autre tâche puis une autre et encore une autre. À la fin de la journée, cette tâche que vous aurez accomplie se sera transformée en de nombreuses tâches achevées. Faire votre lit renforcera également le constat que les petites choses dans la vie comptent. Si vous ne pouvez pas bien faire les petites choses, vous ne ferez jamais bien les grandes. Et, si par hasard vous avez eu une mauvaise journée, vous reviendrez chez vous où vous attend un lit qui est fait – que vous avez fait – et un lit fait vous procure l’encouragement que demain sera un autre jour.

Donc, si vous voulez changer le monde, commencez par faire votre lit.

2) Si vous voulez changer le monde, trouvez quelqu’un pour vous aider à pagayer.

Pendant la formation les élèves sont répartis en équipages. Chaque équipage comprend sept hommes – trois de chaque côté d’un petit bateau en caoutchouc et un barreur pour aider à guider l’esquif. Chaque jour, votre équipage est formé sur la plage et a pour instruction de traverser les brisants puis de pagayer plusieurs miles le long de la côte. En hiver, les vagues au large de San Diego peuvent atteindre 2 à 3 mètres de haut et il est extrêmement difficile de pagayer à travers ces vagues plongeantes si tout le ne s’y met pas. Chaque coup de pagaie doit être synchronisé avec le nombre de frappes du barreur. Tout le monde doit exercer un effort égal sinon le bateau finit par être retourné par la vague et jeté sans cérémonie sur la plage.

Pour que le bateau arrive à destination, tout le monde doit pagayer. Vous ne pouvez pas changer le monde seul – vous aurez besoin d’aide – et rallier le point de départ à celui d’arrivée nécessite l’aide d’amis, de collègues, la bonne volonté d’étrangers et un barreur fort pour les guider tous.

Donc, si vous voulez changer le monde, trouvez quelqu’un pour vous aider à pagayer.

3) Si vous voulez changer le monde, évaluez une personne par la taille de son cœur, pas celle de ses palmes.

Après quelques semaines d’un entraînement difficile, nous étions passés de 150 hommes au départ à désormais une quarantaine. Il restait six équipages de sept hommes chacun. J’étais dans le bateau avec les gars les plus grands, mais le meilleur équipage que nous avions était composé des petits gars – l’équipage des nabots nous les appelions – aucun ne dépassait 1m65.

L’équipage du bateau des nabots était composé d’un Indien d’Amérique, d’un afro-américain, d’un américain d’origine polonaise, d’un américain d’origine grecque, d’un italo-américain, et de deux forts gamins du Middle West. Ils surpassaient tous les autres équipages que ce soit à la pagaie, à la course ou à la nage. Les grands hommes dans les autres équipages s’amusaient toujours avec bon naturel des toutes petites palmes enfilées sur les tout petits pieds avant chaque nage. Mais on ne sait comment, ces petits gars, de tous les coins de la nation et du monde, riaient toujours en dernier – nageant plus vite que tout le monde et atteignant le rivage bien avant le reste d’entre nous.

Cette formation des membres des forces spéciales était un grand égalisateur. Rien ne comptait sauf votre volonté de réussir. Votre couleur, votre origine ethnique, votre éducation ou votre statut social n’entraient pas en ligne de compte.

Donc, si vous voulez changer le monde, évaluez une personne par la taille de son cœur, pas celle de ses palmes.

4) Si vous voulez changer le monde, surmontez le fait d’être un cookie au sucre et continuez à avancer.

Plusieurs fois par semaine, les instructeurs mettaient la classe en rang et procédaient à une inspection d’uniforme. C’était exceptionnellement minutieux. Votre chapeau devait être parfaitement amidonné, votre uniforme impeccablement repassé et votre boucle de ceinture brillante et sans tâches. Mais il semblait que peu importe les efforts que vous produisiez pour amidonner votre chapeau, repasser votre uniforme ou lustrer la boucle de votre ceinture – ce n’était tout simplement jamais assez bon. Les instructeurs trouvaient toujours «quelque chose» qui n’allait pas.

Pour avoir raté l’inspection d’uniforme, l’étudiant devait courir tout habillé dans la zone des brisants puis, mouillé de la tête aux pieds, rouler sur la plage jusqu’à ce que chaque partie de votre corps ait été recouvert de sable. L’effet était connu sous le nom de « cookie au sucre. » Vous restiez dans cet uniforme le reste de la journée – froid, humide et sablonneux.

Il y avait beaucoup d’élèves qui ne pouvaient tout simplement pas accepter le fait que tous leurs efforts soient vains. Que peu importe combien d’efforts ils fournissaient pour rendre leur uniforme impeccable, ce n’était pas apprécié à sa juste valeur. Ces élèves ne survivaient pas à cette formation. Ils ne comprenaient pas le but de l’exercice. Vous n’alliez jamais réussir. Vous n’alliez jamais avoir un uniforme parfait.

Parfois, peu importe la qualité de votre préparation ou la quantité d’efforts produits, vous finissez toujours en cookie au sucre. C’est juste la façon dont la vie est parfois.

Donc, si vous voulez changer le monde, apprenez à surmonter le fait d’être un cookie au sucre et continuez à avancer.

5) Si vous voulez changer le monde, ne pas avoir peur des cirques.

Chaque jour de l’entraînement vous étiez confrontés à de multiples défis physiques – longues courses, longues nages, parcours d’obstacles, des heures de gymnastique – quelque chose conçu pour tester votre courage. Chaque défi avait des standards – ils devaient être réalisés dans des temps précis. Si vous échouiez à les respecter, votre nom était publié sur une liste et à la fin de la journée ceux de la liste étaient invités à un «cirque». Un cirque était constitué de deux heures supplémentaires de gymnastique dont le but était de vous démoraliser, de vous briser mentalement, de vous forcer à abandonner.

Personne ne voulait un cirque.

Un cirque signifiait que ce jour-là vous n’aviez pas été à la hauteur. Un cirque signifiait plus de fatigue – et plus de fatigue signifiait que le lendemain serait encore plus difficile – et que vous seriez susceptible de subir d’autres cirques. Mais à un certain moment au cours de la formation des membres de des forces spéciales, tout le monde – tout le monde – se retrouve sur la liste du cirque. Mais une chose intéressante est arrivée à ceux qui étaient constamment sur cette liste. Avec le temps ces élèves – qui ont fait deux heures de supplémentaires de gymnastique – sont devenus de plus en plus forts. La douleur des cirques construit une force intérieure et une résilience physique.

La vie est remplie de cirques. Vous allez échouer. Vous allez probablement échouer souvent. Ce sera douloureux. Ce sera décourageant. Parfois, ce sera un test pour votre cœur même.

Mais si vous voulez changer le monde, n’ayez pas peur des cirques.

6) Si vous voulez changer le monde, vous devrez parfois vous lancer tête la première.

Au moins deux fois par semaine, on demandait aux élèves de courir une course d’obstacles. Le parcours d’obstacles comprenait 25 obstacles dont un mur de 3 mètres de haut, un filet de 10 mètres, et un couloir de fil de fer barbelé sous lequel ramper, pour n’en nommer que quelques-uns. Mais le défi le plus difficile était la glissage pour la vie. Il y avait une tour de 10 mètres avec trois niveaux différents d’un côté et une tour à un seul niveau de l’autre. Entre les deux il y avait une corde de 60 mètres. Vous deviez gravir la tour à trois niveaux et une fois en haut, prendre la corde, vous balancer en-dessous et avancer une main après l’autre jusqu’à ce que vous atteigniez l’autre extrémité.

Le record de la course d’obstacles avait tenu pendant des années quand ma classe a commencé sa formation en 1977. Le record semblait imbattable, jusqu’à ce qu’un jour, un élève a décidé de parcourir le principal obstacle tête la première. Au lieu de balancer son corps sous la corde et faire son chemin vers le bas comme les autres, il monta bravement sur la corde et se poussa lui-même vers l’avant.

C’était un mouvement dangereux – apparemment insensé, et plein de risques. Un échec pouvait signifier une blessure et la fin de la formation. Sans hésitation, l’élève a glissé en bas de la corde avec une rapidité périlleuse. Au lieu de plusieurs minutes, il ne lui a fallu que la moitié du temps et à la fin de l’épreuve il avait battu le record.

Si vous voulez changer le monde, vous devrez parfois vous lancer tête la première.

7) Si vous voulez changer le monde, ne reculez pas devant les requins.

Pendant la phase de formation sur la guerre terrestre, les élèves sont transportés en avion vers l’île de San Clemente, qui se trouve au large de la côte de San Diego. Les eaux au large de San Clemente sont un terrain fertile pour les grands requins blancs. Pour valider la formation il y a des séries de longues nages qui doivent être accomplies. L’une d’elle consiste à nager la nuit.

Avant la nage les instructeurs enseignent joyeusement aux élèves toutes les espèces de requins peuplant les eaux au large de San Clemente. Ils vous assurent, cependant, qu’aucun élève n’a jamais été mangé par un requin – du moins pas récemment. Mais l’on vous apprend également que si un requin commence à encercler votre position – restez où vous êtes. Ne fuyez pas. N’agissez pas sous l’effet de la crainte. Et si le requin, cherchant une collation de minuit, fonce vers vous – rassemblez toute votre force et frappez-le sur le museau. Il virera et ira nager plus loin.

Il y a beaucoup de requins dans le monde. Si vous espérez terminer votre nage, vous devrez traiter avec eux.

Donc, si vous voulez changer le monde, ne reculez pas devant les requins.

8) Si vous voulez changer le monde, vous devez être au plus fort dans le moment le plus sombre.

En tant que membres des forces spéciales de la marine, l’une de nos tâches consiste à mener des attaques sous-marines contre les navires ennemis. Nous pratiquions cette technique fréquemment lors de la formation initiale. La mission d’attaque de navire consiste à déposer une paire de plongeurs en dehors d’un port ennemi, puis de nager plus de trois kilomètres – sous l’eau – n’utilisant rien d’autre qu’une jauge de profondeur et une boussole pour se rendre à destination.

Pendant toute la nage, même bien en-dessous de la surface, il y a un peu de lumière qui passe au travers. Il est réconfortant de savoir qu’il y a un espace ouvert au-dessus de vous. Mais comme vous approchez du navire, qui est lié à une jetée, la lumière commence à disparaître. La structure en acier du navire bloque la lumière de la lune, elle bloque la lumière des lampes des rues tout autour, elle bloque toute lumière ambiante.

Pour réussir dans votre mission, vous devez nager sous le navire et trouver la quille – la ligne centrale et la partie la plus profonde du navire. C’est votre objectif. Mais la quille est aussi la partie la plus sombre du navire, où vous ne pouvez pas voir votre main devant votre visage, où le bruit de la machinerie du navire est assourdissant et où il est facile d’être désorienté et d’échouer.

Chaque membre des forces spéciales de la marine sait que sous la quille, au moment le plus sombre de la mission, est justement le moment où vous devez être calme et composé – c’est lorsque toutes vos compétences tactiques, votre puissance physique et toute votre force intérieure doivent être amenées à supporter l’épreuve.

Voilà pourquoi si vous voulez changer le monde, vous devez être au plus fort dans le moment le plus sombre.

9) Si vous voulez changer le monde, commencez à chanter quand vous êtes le cou dans la boue.

La neuvième semaine de formation est appelé « Hell Week » (semaine de l’Enfer). Cela consiste en six jours sans sommeil et un harcèlement physique et mental constant ainsi qu’un jour spécial dans les vasières – ces vasières sont situées dans la région entre San Diego et Tijuana, où l’eau ruisselle et crée le Tijuana Slues – un terrain marécageux où la boue vous engloutit.

C’est le mercredi de la semaine de l’Enfer que vous pagayez vers les vasières et passez les 15 heures suivantes à essayer de survivre à la boue gelée, les hurlements du vent et la pression incessante des instructeurs afin que vous abandonniez. Tandis que le soleil commençait à se coucher ce mercredi soir, ma classe de formation, ayant commis une certaine «infraction flagrante des règles» a été ordonnée de se mettre dans la boue.

La boue consommait chaque homme jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien de visible à part nos têtes. Les instructeurs nous disaient que nous en aurions fini avec la boue si seulement cinq hommes abandonnaient – seulement cinq et nous pourrions sortir du froid oppressant. En regardant tout autour, il était évident que certains élèves étaient sur le point d’abandonner. Il restait encore plus de huit heures avant que le soleil ne se lève – huit heures de froid à vous glacer les os.

Les claquement de dents et les gémissements de froid des élèves étaient si forts qu’il était difficile d’entendre quoi que ce soit d’autre. Puis, une voix a commencé à résonner à travers la nuit, une voix qui s’élevait en chantant. La chanson sonnait terriblement faux, mais chantée avec beaucoup d’enthousiasme. Une voix s’y ajouta, puis les deux sont devenus trois et rapidement tout le monde dans la classe chantait. Nous savions que si un homme pouvait s’élever au-dessus de la misère, d’autres le pouvaient tout aussi bien.

Les instructeurs nous ont menacés de rester plus longtemps dans la boue si nous continuions à chanter, mais nous avons persisté. Et en quelque sorte, la boue semblait un peu plus chaude, le vent un peu moins dominant et l’aurore pas si lointaine.

Si j’ai appris quelque chose durant mon temps à parcourir le monde, c’est la puissance de l’espoir. La puissance d’une seule personne – comme Washington, Lincoln, King, Mandela et même une jeune fille du Pakistan, Malala – une personne peut changer le monde en donnant de l’espoir aux gens.

Donc, si vous voulez changer le monde, commencez à chanter quand vous êtes plongé jusqu’au cou dans la boue.

10) Si vous voulez changer le monde ne jamais, jamais faire sonner la cloche.

Enfin, dans la formation des membres des forces spéciales, il y a une cloche. Une cloche de laiton qui pend dans le centre de l’enceinte et qu’il est donné à tous les élèves de voir. Tout ce que vous avez à faire pour abandonner est de sonner la cloche.

Sonnez la cloche et vous n’avez plus à vous réveiller à 5 heures. Sonnez la cloche et vous n’avez plus à subir de baignades glaciales. Sonnez la cloche et vous n’avez plus à faire les courses, la course d’obstacles, vous n’aurez plus à supporter les rigueurs de la formation. Juste sonner la cloche.

Mais si vous voulez changer le monde, ne jamais, jamais sonner cette cloche.

Élèves de la promotion de 2014, vous êtes à quelques instants de votre diplôme. À quelques minutes du début de votre voyage à travers la vie. À quelques moments de commencer à changer le monde – pour le mieux. Ça ne sera pas facile. Mais vous êtes la classe 2014 – promotion qui peut affecter la vie de 800 millions de personnes dans le siècle prochain.

Commencez chaque journée avec une tâche terminée. Trouvez quelqu’un pour vous aider dans la vie. Respectez tout le monde.

Sachez que la vie est injuste et que vous échouerez souvent. Mais si vous prenez certains risques, tenez bon quand les temps sont durs, affrontez les tyrans, défendez les opprimés et n’abandonnez jamais une seule fois – si vous faites ces choses, alors la prochaine génération et les générations qui vont suivre vivront dans un monde bien meilleur que celui que nous avons aujourd’hui.

Et ce qui a commencé ici aura en effet changé le monde – pour le mieux.

Merci beaucoup. Hook ’em horns (slogan de l’université du Texas à Austin).

Comment les grands leaders nous inspirent à agir

Simon Sinek lors de sa conférence TED sur le leadership en 2009
Simon Sinek lors de sa conférence TED sur le leadership en 2009

Simon Sinek est un conférencier et consultant britannique, qui écrit sur le leadership et le management. Il a écrit deux livres, le best-seller Start with Why : How Great Leaders Inspire Everyone to Take Action (2009) et Leaders Eat Last : Why Some Teams Pull Together and Others Don’t (2014). En 2009, il tient une conférence TED dont vous trouverez ci-dessous la vidéo sous-titrée en français. Celle-ci est devenue rapidement l’une des plus populaires du site TED.com (3ème) avec plus de 27 millions de vues.

Fasciné par les leaders qui ont un réel impact dans le monde, des personnes capables d’inspirer les autres, que ce soit des individus ou des organisations, et se servant d’exemples comme Martin Luther King Jr. ou Apple, Simon Sinek est convaincu que l’explication n’est pas psychologique mais biologique : le pourquoi est inscrit dans nos gènes et c’est la raison pour laquelle nous serions inspirés par certaines personnes, messages et organisations plutôt que d’autres.

Leadership et storytelling : Steve Jobs à Stanford le 12 juin 2005

Les leçons les plus efficaces prennent souvent la forme de bonnes histoires. Les grands leaders savent reconnaître l’importance du storytelling dans les affaires humaines ; et quelles histoires sont plus merveilleuses que celles des héros ?

Lors d’une remise de diplômes au sein de la prestigieuse université de Stanford le 12 juin 2005, Steve Jobs, qui peut être considéré comme un héros de notre temps (au sens large), pimente cet intérêt en racontant lui-même ses propres histoires :

Vous en trouverez ci-dessous la transcription littérale :

« C’est un honneur de me trouver parmi vous aujourd’hui et d’assister à une remise de diplômes dans une des universités les plus prestigieuses du monde. Je n’ai jamais terminé mes études supérieures. A dire vrai, je n’ai même jamais été témoin d’une remise de diplômes dans une université. Je veux vous faire partager aujourd’hui trois histoires qui ont marqué ma carrière. C’est tout. Rien d’extraordinaire. Juste trois histoires.

La première parle de connecter les points.

J’ai abandonné mes études au Reed College au bout de six mois, mais j’y suis resté auditeur libre pendant dix-huit mois avant de laisser tomber définitivement. Pourquoi n’ai-je pas poursuivi ? Tout a commencé avant ma naissance. Ma mère biologique était une jeune étudiante célibataire, et elle avait choisi de me confier à des parents adoptifs. Elle tenait à me voir entrer dans une famille de diplômés universitaires, et tout avait été prévu pour que je sois adopté dès ma naissance par un avocat et son épouse. Sauf que, lorsque je fis mon apparition, ils décidèrent au dernier moment qu’ils préféraient avoir une fille. Mes parents, qui étaient sur une liste d’attente, reçurent un coup de téléphone au milieu de la nuit: « Nous avons un petit garçon qui n’était pas prévu. Le voulez-vous? » Ils répondirent: « Bien sûr. » Ma mère biologique découvrit alors que ma mère adoptive n’avait jamais eu le moindre diplôme universitaire, et que mon père n’avait jamais terminé ses études secondaires. Elle refusa de signer les documents définitifs d’adoption et ne s’y résolut que quelques mois plus tard, quand mes parents lui promirent que j’irais à l’université.

Dix-sept ans plus tard, j’entrais donc à l’université. Mais j’avais naïvement choisi un établissement presque aussi cher que Stanford, et toutes les économies de mes parents servirent à payer mes frais de scolarité. Au bout de six mois, je n’en voyais toujours pas la justification. Je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire dans la vie et je n’imaginais pas comment l’université pouvait m’aider à trouver ma voie. J’étais là en train de dépenser tout cet argent que mes parents avaient épargné leur vie durant. Je décidai donc de laisser tomber. Une décision plutôt risquée, mais rétrospectivement c’est un des meilleurs choix que j’aie jamais fait. Dès le moment où je renonçais, j’abandonnais les matières obligatoires qui m’ennuyaient pour suivre les cours qui m’intéressaient.

Tout n’était pas rose. Je n’avais pas de chambre dans un foyer, je dormais à même le sol chez des amis. Je ramassais des bouteilles de Coca-Cola pour récupérer le dépôt de 5 cents et acheter de quoi manger, et tous les dimanches soir je faisais 10 kilomètres à pied pour traverser la ville et m’offrir un bon repas au temple de Hare Krishna. Un régal. Et ce que je découvris alors, guidé par ma curiosité et mon intuition, se révéla inestimable à l’avenir. Laissez-moi vous donner un exemple: le Reed College dispensait alors probablement le meilleur enseignement de la typographie de tout le pays. Dans le campus, chaque affiche, chaque étiquette sur chaque tiroir était parfaitement calligraphiée. Parce que je n’avais pas à suivre de cours obligatoires, je décidai de m’inscrire en classe de calligraphie. C’est ainsi que j?’appris tout ce qui concernait l’empattement des caractères, les espaces entre les différents groupes de lettres, les détails qui font la beauté d’une typographie. C’était un art ancré dans le passé, une subtile esthétique qui échappait à la science. J’étais fasciné.

Rien de tout cela n’était censé avoir le moindre effet pratique dans ma vie. Pourtant, dix ans plus tard, alors que nous concevions le premier Macintosh, cet acquis me revint. Et nous l’incorporâmes dans le Mac. Ce fut le premier ordinateur doté d’une typographie élégante. Si je n’avais pas suivi ces cours à l’université, le Mac ne posséderait pas une telle variété de polices de caractères ni ces espacements proportionnels. Et comme Windows s’est borné à copier le Mac, il est probable qu’aucun ordinateur personnel n’en disposerait. Si je n’avais pas laissé tomber mes études à l’université, je n’aurais jamais appris la calligraphie, et les ordinateurs personnels n’auraient peut-être pas cette richesse de caractères. Naturellement, il était impossible de prévoir ces répercussions quand j’étais à l’université. Mais elles me sont apparues évidentes dix ans plus tard.

On ne peut prévoir l’incidence qu’auront certains événements dans le futur; c’est après coup seulement qu’apparaissent les liens. Vous pouvez seulement espérer qu’ils joueront un rôle dans votre avenir. L’essentiel est de croire en quelque chose  votre destin, votre vie, votre karma, peu importe. Cette attitude a toujours marché pour moi, et elle a régi ma vie.

Ma deuxième histoire concerne la passion et l’échec.

J’ai eu la chance d’aimer très tôt ce que je faisais. J’avais 20 ans lorsque Woz (Steve Wozniak, le co-fondateur d’Apple) et moi avons créé Apple dans le garage de mes parents. Nous avons ensuite travaillé dur et, dix ans plus tard, Apple était une société de plus de 4.000 employés dont le chiffre d’affaires atteignait 2 milliards de dollars. Nous venions de lancer un an plus tôt notre plus belle création, le Macintosh, et je venais d’avoir 30 ans.

C’est alors que je fus viré. Comment peut-on vous virer d’une société que vous avez créée ? C’est bien simple, Apple ayant pris de l’importance, nous avons engagé quelqu’un qui me semblait avoir les compétences nécessaires pour diriger l’entreprise à mes côtés et, pendant la première année, tout se passa bien. Puis nos visions ont divergé, et nous nous sommes brouillés. Le conseil d’administration s’est rangé de son côté. C’est ainsi qu’à 30 ans je me suis retrouvé sur le pavé. Viré avec perte et fracas. La raison d’être de ma vie n’existait plus. J’étais en miettes.

Je restai plusieurs mois sans savoir quoi faire. J’avais l’impression d’avoir trahi la génération qui m’avait précédé, d’avoir laissé tomber le témoin au moment où on me le passait. C’était un échec public, et je songeais même à fuir la Silicon Valley. Puis j’ai peu à peu compris une chose: j’aimais toujours ce que je faisais. Ce qui m’était arrivé chez Apple n’y changeait rien. J’avais été éconduit, mais j’étais toujours amoureux. J’ai alors décidé de repartir de zéro.

Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite, mais mon départ forcé d’Apple fut salutaire. Le poids du succès fit place à la légèreté du débutant, à une vision moins assurée des choses. Une liberté grâce à laquelle je connus l’une des périodes les plus créatives de ma vie.

Pendant les cinq années qui suivirent, j’ai créé une société appelée NeXT et une autre appelée Pixar, et je suis tombé amoureux d’une femme exceptionnelle qui est devenue mon épouse. Pixar, qui allait bientôt produire le premier film d?’animation en trois dimensions, « Toy Story », est aujourd’hui la première entreprise mondiale utilisant cette technique. Par un remarquable concours de circonstances, Apple a acheté NeXT, je suis retourné chez Apple, et la technologie que nous avions développée chez NeXT est aujourd’hui la clé de la renaissance d’Apple. Et Laurene et moi avons fondé une famille merveilleuse.

Tout cela ne serait pas arrivé si je n’avais pas été viré d’Apple. La potion fut horriblement amère, mais je suppose que le patient en avait besoin. Parfois, la vie vous flanque un bon coup sur la tête. Ne vous laissez pas abattre. Je suis convaincu que c’est mon amour pour ce que je faisais qui m’a permis de continuer. Il faut savoir découvrir ce que l’on aime et qui l’on aime. Le travail occupe une grande partie de l’existence, et la seule manière d’être pleinement satisfait est d’apprécier ce que l’on fait. Sinon, continuez à chercher. Ne baissez pas les bras. C’est comme en amour, vous saurez quand vous aurez trouvé. Et toute relation réussie s’améliore avec le temps. Alors, continuez à chercher jusqu’à ce que vous trouviez.

Ma troisième histoire concerne la mort.

A l’âge de 17 ans, j’ai lu une citation qui disait à peu près ceci: « Si vous vivez chaque jour comme s’il était le dernier, vous finirez un jour par avoir raison. » Elle m’est restée en mémoire et, depuis, pendant les trente-trois années écoulées, je me suis regardé dans la glace le matin en me disant: « Si aujourd’hui était le dernier jour de ma vie, est-ce que j’aimerais faire ce que je vais faire tout à l’heure? » Et si la réponse est non pendant plusieurs jours à la file, je sais que j’ai besoin de changement.

Avoir en tête que je peux mourir bientôt est ce que j’ai découvert de plus efficace pour m’aider à prendre des décisions importantes. Parce que presque tout ce que l’on attend de l’extérieur, nos vanités et nos fiertés, nos peurs de l’échec, s’effacent devant la mort, ne laissant que l’essentiel. Se souvenir que la mort viendra un jour est la meilleure façon d’éviter le piège qui consiste à croire que l’on a quelque chose à perdre. On est déjà nu. Il n’y a aucune raison de ne pas suivre son coeur.

Il y a un an environ, on découvrait que j’avais un cancer. A 7 heures du matin, le scanner montrait que j’étais atteint d’une tumeur au pancréas. Je ne savais même pas ce qu’était le pancréas. Les médecins m’annoncèrent que c’était un cancer probablement incurable, et que j’en avais au maximum pour six mois. Mon docteur me conseilla de rentrer chez moi et de mettre mes affaires en ordre, ce qui signifie: « Préparez-vous à mourir. » Ce qui signifie dire à ses enfants en quelques mois tout ce que vous pensiez leur dire pendant les dix prochaines années. Ce qui signifie essayer de faciliter les choses pour votre famille. En bref, faire vos adieux.

J’ai vécu avec ce diagnostic pendant toute la journée. Plus tard dans la soirée, on m’a fait une biopsie, introduit un endoscope dans le pancréas en passant par l’estomac et l’intestin. J’étais inconscient, mais ma femme, qui était présente, m’a raconté qu’en examinant le prélèvement au microscope, les médecins se sont mis à pleurer, car j’avais une forme très rare de cancer du pancréas, guérissable par la chirurgie. On m’a opéré et je vais bien.

Ce fut mon seul contact avec la mort, et j’espère qu’il le restera pendant encore quelques dizaines d’années. Après cette expérience, je peux vous le dire avec plus de certitude que lorsque la mort n’était pour moi qu’un concept purement intellectuel : personne ne désire mourir. Même ceux qui veulent aller au ciel n’ont pas envie de mourir pour y parvenir. Pourtant, la mort est un destin que nous partageons tous. Personne n’y a jamais échappé. Et c’est bien ainsi, car la mort est probablement ce que la vie a inventé de mieux. C’est le facteur de changement de la vie. Elle nous débarrasse de l’ancien pour faire place au neuf. En ce moment, vous représentez ce qui est neuf, mais un jour vous deviendrez progressivement l’ancien, et vous laisserez la place aux autres. Désolé d’être aussi dramatique, mais c’est la vérité.

Votre temps est limité, ne le gâchez pas en menant une existence qui n’est pas la vôtre. Ne soyez pas prisonnier des dogmes qui obligent à vivre en obéissant à la pensée d’autrui. Ne laissez pas le brouhaha extérieur étouffer votre voix intérieure. Ayez le courage de suivre votre coeur et votre intuition. L’un et l’autre savent ce que vous voulez réellement devenir. Le reste est secondaire.

Dans ma jeunesse, il existait une extraordinaire publication, The Whole Earth Catalog, l’une des bibles de ma génération. Elle avait été fondée par un certain Stewart Brand, non loin d’ici, à Menlo Park, et il l’avait marquée de sa veine poétique. C’était à la fin des années 1960, avant les ordinateurs et l’édition électronique, et elle était réalisée entièrement avec des machines à écrire, des paires de ciseaux et des appareils Polaroid. C’était une sorte de Google en livre de poche, trente-cinq ans avant la création de Google. Un ouvrage idéaliste, débordant de recettes formidables et d’idées épatantes. Stewart et son équipe ont publié plusieurs fascicules de The Whole Earth Catalog. Quand ils eurent épuisé la formule, ils sortirent un dernier numéro. C’était au milieu des années 1970, et j’avais votre âge. La quatrième de couverture montrait la photo d’une route de campagne prise au petit matin, le genre de route sur laquelle vous pouvez faire de l’auto-stop si vous avez l’esprit d’aventure. Dessous, on lisait: « Soyez insatiables. Soyez fous. » C’était leur message d’adieu. Soyez insatiables. Soyez fous. C’est le voeu que j’ai toujours formé pour moi. Et aujourd’hui, au moment où vous recevez votre diplôme qui marque le début d’une nouvelle vie, c’est ce que je vous souhaite.

Soyez insatiables. Soyez fous.

Merci beaucoup à tous. »