Jim Carrey : discours aux étudiants de l’université de Maharishi

Jim Carrey
Saviez-vous que l’acteur Jim Carrey, avant que quiconque ne sache qui il était, garait sa voiture tous les soirs sur Muholland Drive (route offrant des panoramas sur la ville de Los Angeles), et qu’il se visualisait en train de devenir la star Hollywoodienne qu’il est devenu par la suite.

Il a même poussé le procédé jusqu’à se faire un chèque de dix millions de dollars pour un contrat de film, et s’est donné trois ans pour l’encaisser au titre des « services d’acteur rendus ». Le chèque s’est détérioré dans son portefeuille au fil du temps mais quelques jours avant la date anniversaire, il a obtenu ses dix millions de dollars pour jouer dans le film Dumb and Dumber (voir son entretien télévisé avec Oprah Winfrey).

Si vous ce sujet vous intéresse, lisez cet article du blog.

Mais plus profondément, l’acteur s’est posé la question suivante : qu’est-ce que les gens veulent vraiment ? Dans des interviews et discours, Carrey a expliqué comment, en tant que comédien de 28 ans, cette question le hantait souvent.

Et puis, il s’est assis dans son lit au milieu de la nuit avec la réponse : ils voulaient être libres de toute préoccupation. Cela avait du sens pour Carrey, qui avait commencé à plaisanter et à faire le clown quand il était enfant pour distraire son père de ses problèmes financiers et de carrière.

Avec cette perspicacité, il a commencé à ajuster ses performances pour projeter un personnage qui était lui-même complètement libre de toute préoccupation à propos de n’importe quoi ou de n’importe qui. Il demandait à un auditoire comment ils allaient puis sans attendre la réponse, continuait : «Eh bien, tout va bien alors». Les gens s’esclaffèrent, et la renommée et le succès de Carrey augmentèrent de façon exponentielle.

Au cours de son célèbre discours d’ouverture à l’Université Maharishi en 2014, Jim Carrey met au défi les diplômés de se trouver un talent ou une compétence qui pourrait répondre aux besoins des gens. « L’effet que vous avez sur les autres est la monnaie la plus précieuse qui soit », déclare-t-il.

Pour ceux qui ignoreraient comment visionner la vidéo avec les sous-titres français, cliquez sur l’icone sous-titres en bas à droite puis aller dans paramètres (la roue dentée), cliquez sur sous-titres pour choisir le français.

3 conseils de Steve Jobs pour les entrepreneurs en herbe

Dans une interview réalisée en 1995 par la Silicon Valley Historical Association, dont vous trouverez un extrait vidéo ci-dessous, Steve Jobs livre des conseils essentiels sur l’entreprenariat. Les 3 principaux sont traduits et retranscrits dans le présent article.

Créez votre propre environnement

La chose que je pourrais affirmer c’est que, lorsque vous grandissez, vous avez tendance à vous laisser dire que le monde est tel qu’il est et que votre vie consiste simplement à vivre à l’intérieur du monde, en essayant de ne pas trop entrer dans les murs, en essayant d’avoir une belle vie de famille, en  vous amusant, en économisant un peu d’argent. Mais la vie… C’est en fait une vie très limitée.

La vie peut être beaucoup plus large, une fois que vous découvrez le simple fait suivant : tout ce qui vous entoure et que vous appelez la vie a été inventé par des gens qui n’étaient pas plus intelligents que vous.

Et vous pouvez changer cela, vous pouvez l’influencer, vous pouvez construire vos propres choses que d’autres personnes peuvent utiliser. Une fois que vous apprenez cela, vous ne serez plus jamais le même. La minute où vous comprenez que lorsque vous entrez le doigt, quelque chose va, vous savez si vous poussez dedans, quelque chose va sortir de l’autre côté, que vous pouvez le changer, vous pouvez le façonner à votre façon, cet instant est le plus important.

Il faut se débarrasser de cette notion erronée selon laquelle la vie est là et que vous devez juste y vivre, plutôt que de l’adopter, de la changer, de l’améliorer, d’y imprimer votre marque. Je pense que c’est très important et quand vous aurez compris ça, une fois que vous l’aurez appris, vous voudrez changer la vie et la rendre meilleure, car elle est en quelque sorte foirée à bien des égards. Une fois que vous apprenez cela, vous ne serez plus jamais le même.

N’ayez pas peur de demander

En fait, j’ai toujours constaté quelque chose de très vrai, c’est que la plupart des gens n’obtiennent pas ces expériences parce qu’ils ne demandent jamais.

Je n’ai jamais trouvé quelqu’un qui ne voulait pas m’aider si je lui demandais de l’aide. J’ai toujours appelé. J’ai appelé Bill Hewlett quand j’avais douze ans et il vivait à Palo Alto, son numéro était encore dans l’annuaire téléphonique. Il a répondu au téléphone lui-même et a dit, « Oui » « Salut, je suis Steve Jobs, j’ai douze ans et je suis lycéen, je veux construire un compteur de fréquence et je me demandais si vous aviez des pièces de rechange que je pourrais obtenir ? »

Et il a ri et il m’a donné les pièces de rechange pour construire ce compteur de fréquence avant de m’offrir un emploi d’été chez Hewlett Packard, travaillant sur la chaîne de montage, mettant les écrous et les boulons ensemble sur les compteurs de fréquence. Il m’a offert cet emploi à l’endroit même où on les construisait, j’étais au paradis.

Je n’ai jamais trouvé quelqu’un qui a dit non ou raccroché le téléphone quand j’ai appelé. Je demandais, tout simplement. Et quand les gens me demandent à leur tour aujourd’hui, j’essaie d’être aussi réactif et de rembourser cette dette de gratitude.

La plupart des gens ne prennent jamais le téléphone pour appeler, la plupart des gens ne demandent jamais rien et c’est ce qui sépare souvent les gens qui font des choses des gens qui se contentent d’en rêver…

Vous devez agir et être prêt à échouer. Que ce soit avec les gens au téléphone, avec le démarrage d’une entreprise, avec quoi que ce soit. Si vous avez peur d’échouer, vous n’irez pas très loin.

Vous n’avez rien à perdre

Il n’y a aucun risque. C’est pourquoi vous devez le faire quand vous êtes jeune, c’est pourquoi nous avons lancé Apple. On s’est dit, vous savez, que nous n’avions absolument rien à perdre.

J’avais 20 ans à l’époque et Woz (Steve Wozniak) avait peut-être 24 ou 25 ans donc nous n’avions rien à perdre : nous n’avions pas de familles, pas d’enfants, pas de maisons, Woz avait une vieille voiture, moi j’avais un van Volkswagen, je veux dire… Tout ce que avions à perdre c’était nos voitures et nos chemises sur notre dos.

Nous n’avions rien à perdre et tout à gagner et nous avons pensé, même si nous échouons, toute l’expérience acquise vaudrait dix fois le coût. Donc, qu’avions-nous à perdre ? Il n’y avait pas de risque et c’est… Vous savez, je pense que c’est une façon très saine de considérer cette question. Certaines personnes disent, eh bien vous auriez pu aller à l’université et devenir avocat. Eh bien vous avez raison mais vous pouvez aller à l’université et devenir avocat quand vous avez 25 ans et il n’y a rien qui vous en empêche.

La seule chose que vous avez vraiment dans votre vie est le temps, et si vous investissez ce temps pour vous-même, pour avoir de grandes expériences qui vous enrichont, alors vous ne pouvez pas perdre.

C’est pourquoi je conseille toujours aux gens : n’attendez pas, faites quelque chose quand vous êtes jeune, quand vous n’avez rien à perdre. Gardez bien cela en tête. Je pense que c’est la meilleure voie. Ce n’est pas que les gens ne peuvent démarrer des entreprises quand ils ont 50 ans, je l’ai vu faire, et des entreprises très prospères. Mais c’est bien plus facile quand vous êtes jeune, car vous n’avez rien à perdre et pas de responsabilités envers d’autres personnes que vous aurez plus tard dans votre vie.

 

Le discours percutant du Général Jay B. Silveria

Après avoir découvert des insultes racistes inscrites sur les portes d’un dortoir de l’United States Air Force Academy  et visant cinq élèves officiers afro-américains, son directeur Jay B. Silveria a vivement réagi.

Le Lieutenant Général a ainsi rassemblé les 5500 personnes constituant cette école militaire, 4000 élèves et 1500 membres encadrants, et a exprimé clairement que le racisme n’avait pas sa place dans cette institution, en profitant au passage pour rappeler le contexte actuel américain sur la question raciale (les évènements de Charlottesville notamment, ainsi que le mouvement « Take A Knee » des joueurs de la NFL, la ligue professionnelle de football américain, durant l’hymne national).

Il s’agit là d’un exemple frappant de ce qu’est dans son essence le leadership : donner l’exemple et en prendre l’initiative, avoir le courage d’agir immédiatement selon ce qui est juste, selon ce qui est moral.

S’exprimant avec passion et éloquence devant son auditoire, c’est bien cette urgence et le fait que le lieutenant général Jay B. Silveria soit révolté par la teneur des actes en question, qui donnent tant de puissance au contenu de son message.

Mentionnant les propos racistes, Silveria dit : « Si vous êtes outragés par ces mots, alors vous vous trouvez au bon endroit. Vous devriez être outragés pas seulement en tant que pilote mais en tant qu’être humain. » Et pour ceux qui pensaient que ce qui se passait dans l’école préparatoire n’avait aucune incidence sur l’Académie dans son ensemble, Silveria répond : « Nous serions naifs de penser que nous n’avons pas à discuter de cette question. »

Dans son discours, Silveria encourage ses élèves et son staff à s’engager dans un débat civil, et parle du pouvoir de la diversité « qui nous rend bien plus forts ». Il finit par demander aux élèves de sortir leur mobile pour enregistrer ses mots : « Ceci est notre institution. Et si vous en avez besoin, si vous avez besoin de mes paroles, alors gardez-les. Et utilisez-les, rappelez-vous en, partagez-les, parlez-en : si vous ne pouvez traitez quelqu’un avec respect et dignité, alors foutez le camp ! »

Diriger comme un grand chef d’orchestre

Un chef d’orchestre affronte le plus grand défi pour un leader : créer l’harmonie parfaite sans dire un mot. Dans cette présentation séduisante, Itay Talgam met en évidence les styles uniques de six grands chefs d’orchestre du 20ème siècle, qui illustrent des questions cruciales pour tous les leaders

Itay Talgam est un chef d’orchestre israélien et un expert en leadership. Il a dirigé la plupart des orchestres majeurs en Israël ainsi qu’en Europe (notamment l’Orchestre Philarmonique de St Petersburg, l’Opéra de Leipzig, l’Orchestre de Paris…), et était un disciple et protégé de Leonard Bernstein dont il a suivi les cours à Fontainebleau et qui l’avait choisi afin de diriger avec lui l’Orchestre de Paris en 1987.

Il s’est depuis réinventé en formateur, consultant et expert en leadership, lors de séminaires et ateliers où il utilise son expérience de l’orchestre symphonique, qu’il considère en effet comme une métaphore du comportement dans les organisations et un modèle pour un leadership inspiré.

Il a également écrit un livre sur le sujet publié en 2015, The Ignorant Maestro : How Great Leaders Inspire Unpredictable Brilliance .

Dans la vidéo suivante, il partage ses vues avec beaucoup d’humour dans le cadre d’une conférence TED en 2009 :

Leadership et storytelling : Steve Jobs à Stanford le 12 juin 2005

Les leçons les plus efficaces prennent souvent la forme de bonnes histoires. Les grands leaders savent reconnaître l’importance du storytelling dans les affaires humaines ; et quelles histoires sont plus merveilleuses que celles des héros ?

Lors d’une remise de diplômes au sein de la prestigieuse université de Stanford le 12 juin 2005, Steve Jobs, qui peut être considéré comme un héros de notre temps (au sens large), pimente cet intérêt en racontant lui-même ses propres histoires :

Vous en trouverez ci-dessous la transcription littérale :

« C’est un honneur de me trouver parmi vous aujourd’hui et d’assister à une remise de diplômes dans une des universités les plus prestigieuses du monde. Je n’ai jamais terminé mes études supérieures. A dire vrai, je n’ai même jamais été témoin d’une remise de diplômes dans une université. Je veux vous faire partager aujourd’hui trois histoires qui ont marqué ma carrière. C’est tout. Rien d’extraordinaire. Juste trois histoires.

La première parle de connecter les points.

J’ai abandonné mes études au Reed College au bout de six mois, mais j’y suis resté auditeur libre pendant dix-huit mois avant de laisser tomber définitivement. Pourquoi n’ai-je pas poursuivi ? Tout a commencé avant ma naissance. Ma mère biologique était une jeune étudiante célibataire, et elle avait choisi de me confier à des parents adoptifs. Elle tenait à me voir entrer dans une famille de diplômés universitaires, et tout avait été prévu pour que je sois adopté dès ma naissance par un avocat et son épouse. Sauf que, lorsque je fis mon apparition, ils décidèrent au dernier moment qu’ils préféraient avoir une fille. Mes parents, qui étaient sur une liste d’attente, reçurent un coup de téléphone au milieu de la nuit: « Nous avons un petit garçon qui n’était pas prévu. Le voulez-vous? » Ils répondirent: « Bien sûr. » Ma mère biologique découvrit alors que ma mère adoptive n’avait jamais eu le moindre diplôme universitaire, et que mon père n’avait jamais terminé ses études secondaires. Elle refusa de signer les documents définitifs d’adoption et ne s’y résolut que quelques mois plus tard, quand mes parents lui promirent que j’irais à l’université.

Dix-sept ans plus tard, j’entrais donc à l’université. Mais j’avais naïvement choisi un établissement presque aussi cher que Stanford, et toutes les économies de mes parents servirent à payer mes frais de scolarité. Au bout de six mois, je n’en voyais toujours pas la justification. Je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire dans la vie et je n’imaginais pas comment l’université pouvait m’aider à trouver ma voie. J’étais là en train de dépenser tout cet argent que mes parents avaient épargné leur vie durant. Je décidai donc de laisser tomber. Une décision plutôt risquée, mais rétrospectivement c’est un des meilleurs choix que j’aie jamais fait. Dès le moment où je renonçais, j’abandonnais les matières obligatoires qui m’ennuyaient pour suivre les cours qui m’intéressaient.

Tout n’était pas rose. Je n’avais pas de chambre dans un foyer, je dormais à même le sol chez des amis. Je ramassais des bouteilles de Coca-Cola pour récupérer le dépôt de 5 cents et acheter de quoi manger, et tous les dimanches soir je faisais 10 kilomètres à pied pour traverser la ville et m’offrir un bon repas au temple de Hare Krishna. Un régal. Et ce que je découvris alors, guidé par ma curiosité et mon intuition, se révéla inestimable à l’avenir. Laissez-moi vous donner un exemple: le Reed College dispensait alors probablement le meilleur enseignement de la typographie de tout le pays. Dans le campus, chaque affiche, chaque étiquette sur chaque tiroir était parfaitement calligraphiée. Parce que je n’avais pas à suivre de cours obligatoires, je décidai de m’inscrire en classe de calligraphie. C’est ainsi que j?’appris tout ce qui concernait l’empattement des caractères, les espaces entre les différents groupes de lettres, les détails qui font la beauté d’une typographie. C’était un art ancré dans le passé, une subtile esthétique qui échappait à la science. J’étais fasciné.

Rien de tout cela n’était censé avoir le moindre effet pratique dans ma vie. Pourtant, dix ans plus tard, alors que nous concevions le premier Macintosh, cet acquis me revint. Et nous l’incorporâmes dans le Mac. Ce fut le premier ordinateur doté d’une typographie élégante. Si je n’avais pas suivi ces cours à l’université, le Mac ne posséderait pas une telle variété de polices de caractères ni ces espacements proportionnels. Et comme Windows s’est borné à copier le Mac, il est probable qu’aucun ordinateur personnel n’en disposerait. Si je n’avais pas laissé tomber mes études à l’université, je n’aurais jamais appris la calligraphie, et les ordinateurs personnels n’auraient peut-être pas cette richesse de caractères. Naturellement, il était impossible de prévoir ces répercussions quand j’étais à l’université. Mais elles me sont apparues évidentes dix ans plus tard.

On ne peut prévoir l’incidence qu’auront certains événements dans le futur; c’est après coup seulement qu’apparaissent les liens. Vous pouvez seulement espérer qu’ils joueront un rôle dans votre avenir. L’essentiel est de croire en quelque chose  votre destin, votre vie, votre karma, peu importe. Cette attitude a toujours marché pour moi, et elle a régi ma vie.

Ma deuxième histoire concerne la passion et l’échec.

J’ai eu la chance d’aimer très tôt ce que je faisais. J’avais 20 ans lorsque Woz (Steve Wozniak, le co-fondateur d’Apple) et moi avons créé Apple dans le garage de mes parents. Nous avons ensuite travaillé dur et, dix ans plus tard, Apple était une société de plus de 4.000 employés dont le chiffre d’affaires atteignait 2 milliards de dollars. Nous venions de lancer un an plus tôt notre plus belle création, le Macintosh, et je venais d’avoir 30 ans.

C’est alors que je fus viré. Comment peut-on vous virer d’une société que vous avez créée ? C’est bien simple, Apple ayant pris de l’importance, nous avons engagé quelqu’un qui me semblait avoir les compétences nécessaires pour diriger l’entreprise à mes côtés et, pendant la première année, tout se passa bien. Puis nos visions ont divergé, et nous nous sommes brouillés. Le conseil d’administration s’est rangé de son côté. C’est ainsi qu’à 30 ans je me suis retrouvé sur le pavé. Viré avec perte et fracas. La raison d’être de ma vie n’existait plus. J’étais en miettes.

Je restai plusieurs mois sans savoir quoi faire. J’avais l’impression d’avoir trahi la génération qui m’avait précédé, d’avoir laissé tomber le témoin au moment où on me le passait. C’était un échec public, et je songeais même à fuir la Silicon Valley. Puis j’ai peu à peu compris une chose: j’aimais toujours ce que je faisais. Ce qui m’était arrivé chez Apple n’y changeait rien. J’avais été éconduit, mais j’étais toujours amoureux. J’ai alors décidé de repartir de zéro.

Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite, mais mon départ forcé d’Apple fut salutaire. Le poids du succès fit place à la légèreté du débutant, à une vision moins assurée des choses. Une liberté grâce à laquelle je connus l’une des périodes les plus créatives de ma vie.

Pendant les cinq années qui suivirent, j’ai créé une société appelée NeXT et une autre appelée Pixar, et je suis tombé amoureux d’une femme exceptionnelle qui est devenue mon épouse. Pixar, qui allait bientôt produire le premier film d?’animation en trois dimensions, « Toy Story », est aujourd’hui la première entreprise mondiale utilisant cette technique. Par un remarquable concours de circonstances, Apple a acheté NeXT, je suis retourné chez Apple, et la technologie que nous avions développée chez NeXT est aujourd’hui la clé de la renaissance d’Apple. Et Laurene et moi avons fondé une famille merveilleuse.

Tout cela ne serait pas arrivé si je n’avais pas été viré d’Apple. La potion fut horriblement amère, mais je suppose que le patient en avait besoin. Parfois, la vie vous flanque un bon coup sur la tête. Ne vous laissez pas abattre. Je suis convaincu que c’est mon amour pour ce que je faisais qui m’a permis de continuer. Il faut savoir découvrir ce que l’on aime et qui l’on aime. Le travail occupe une grande partie de l’existence, et la seule manière d’être pleinement satisfait est d’apprécier ce que l’on fait. Sinon, continuez à chercher. Ne baissez pas les bras. C’est comme en amour, vous saurez quand vous aurez trouvé. Et toute relation réussie s’améliore avec le temps. Alors, continuez à chercher jusqu’à ce que vous trouviez.

Ma troisième histoire concerne la mort.

A l’âge de 17 ans, j’ai lu une citation qui disait à peu près ceci: « Si vous vivez chaque jour comme s’il était le dernier, vous finirez un jour par avoir raison. » Elle m’est restée en mémoire et, depuis, pendant les trente-trois années écoulées, je me suis regardé dans la glace le matin en me disant: « Si aujourd’hui était le dernier jour de ma vie, est-ce que j’aimerais faire ce que je vais faire tout à l’heure? » Et si la réponse est non pendant plusieurs jours à la file, je sais que j’ai besoin de changement.

Avoir en tête que je peux mourir bientôt est ce que j’ai découvert de plus efficace pour m’aider à prendre des décisions importantes. Parce que presque tout ce que l’on attend de l’extérieur, nos vanités et nos fiertés, nos peurs de l’échec, s’effacent devant la mort, ne laissant que l’essentiel. Se souvenir que la mort viendra un jour est la meilleure façon d’éviter le piège qui consiste à croire que l’on a quelque chose à perdre. On est déjà nu. Il n’y a aucune raison de ne pas suivre son coeur.

Il y a un an environ, on découvrait que j’avais un cancer. A 7 heures du matin, le scanner montrait que j’étais atteint d’une tumeur au pancréas. Je ne savais même pas ce qu’était le pancréas. Les médecins m’annoncèrent que c’était un cancer probablement incurable, et que j’en avais au maximum pour six mois. Mon docteur me conseilla de rentrer chez moi et de mettre mes affaires en ordre, ce qui signifie: « Préparez-vous à mourir. » Ce qui signifie dire à ses enfants en quelques mois tout ce que vous pensiez leur dire pendant les dix prochaines années. Ce qui signifie essayer de faciliter les choses pour votre famille. En bref, faire vos adieux.

J’ai vécu avec ce diagnostic pendant toute la journée. Plus tard dans la soirée, on m’a fait une biopsie, introduit un endoscope dans le pancréas en passant par l’estomac et l’intestin. J’étais inconscient, mais ma femme, qui était présente, m’a raconté qu’en examinant le prélèvement au microscope, les médecins se sont mis à pleurer, car j’avais une forme très rare de cancer du pancréas, guérissable par la chirurgie. On m’a opéré et je vais bien.

Ce fut mon seul contact avec la mort, et j’espère qu’il le restera pendant encore quelques dizaines d’années. Après cette expérience, je peux vous le dire avec plus de certitude que lorsque la mort n’était pour moi qu’un concept purement intellectuel : personne ne désire mourir. Même ceux qui veulent aller au ciel n’ont pas envie de mourir pour y parvenir. Pourtant, la mort est un destin que nous partageons tous. Personne n’y a jamais échappé. Et c’est bien ainsi, car la mort est probablement ce que la vie a inventé de mieux. C’est le facteur de changement de la vie. Elle nous débarrasse de l’ancien pour faire place au neuf. En ce moment, vous représentez ce qui est neuf, mais un jour vous deviendrez progressivement l’ancien, et vous laisserez la place aux autres. Désolé d’être aussi dramatique, mais c’est la vérité.

Votre temps est limité, ne le gâchez pas en menant une existence qui n’est pas la vôtre. Ne soyez pas prisonnier des dogmes qui obligent à vivre en obéissant à la pensée d’autrui. Ne laissez pas le brouhaha extérieur étouffer votre voix intérieure. Ayez le courage de suivre votre coeur et votre intuition. L’un et l’autre savent ce que vous voulez réellement devenir. Le reste est secondaire.

Dans ma jeunesse, il existait une extraordinaire publication, The Whole Earth Catalog, l’une des bibles de ma génération. Elle avait été fondée par un certain Stewart Brand, non loin d’ici, à Menlo Park, et il l’avait marquée de sa veine poétique. C’était à la fin des années 1960, avant les ordinateurs et l’édition électronique, et elle était réalisée entièrement avec des machines à écrire, des paires de ciseaux et des appareils Polaroid. C’était une sorte de Google en livre de poche, trente-cinq ans avant la création de Google. Un ouvrage idéaliste, débordant de recettes formidables et d’idées épatantes. Stewart et son équipe ont publié plusieurs fascicules de The Whole Earth Catalog. Quand ils eurent épuisé la formule, ils sortirent un dernier numéro. C’était au milieu des années 1970, et j’avais votre âge. La quatrième de couverture montrait la photo d’une route de campagne prise au petit matin, le genre de route sur laquelle vous pouvez faire de l’auto-stop si vous avez l’esprit d’aventure. Dessous, on lisait: « Soyez insatiables. Soyez fous. » C’était leur message d’adieu. Soyez insatiables. Soyez fous. C’est le voeu que j’ai toujours formé pour moi. Et aujourd’hui, au moment où vous recevez votre diplôme qui marque le début d’une nouvelle vie, c’est ce que je vous souhaite.

Soyez insatiables. Soyez fous.

Merci beaucoup à tous. »